Une bouche colorée

El barrio de La Boca -comprendre « le quartier de La Boca »- se trouve juste à côté de celui de San Telmo, il était donc logique que j’explore les environs après le sympathique marché matinal. Cette fois, je fais une plongée dans l’histoire, car il s’agit du quartier des immigrés européens. Les premiers ayant posé le pied là-bas ont été les italiens, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle on peut déguster de délicieuses glaces à Buenos Aires, les gens n’ont pas oublié d’embarquer leurs meilleures recettes dans leurs valises avant de partir pour le nouveau continent.

J’arrive en taxi, mais le chauffeur me dit de bien rester dans les grandes artères du quartier, là où il y a toujours du monde et de prendre garde aux pick-pockets. La Boca n’est pas un endroit très dangereux de jour, mais il faut toujours faire attention là-bas. Par contre, la nuit, il est fortement déconseillé de s’y rendre. Je me dis que le petit grand-père qui conduit sa berline noire et jaune -les taxis sont de cette couleur en Argentine- doit quand même savoir de quoi il parle et qu’il faut mieux suivre ses conseils.

Me voilà gobée par la bouche de La Boca* et je vois d’étranges bâtiments en tôle colorée qui se trouvent être les logements des premiers immigrés, et qui en sont toujours d’ailleurs. C’est assez amusant, car ces maisonnettes sont vraiment de toutes les couleurs : toit bleu, murs jaunes et verts, volets rouges, porte beige… et elles sont toutes différentes. Je me suis demandée pourquoi ils avaient fait tout ça et j’ai pensé qu’à leur place, moi aussi j’aurais aimé vivre dans un environnement coloré si j’avais dû faire face à toutes les difficultés qu’ils ont rencontrées à l’époque.

Les murs du quartier m’emmènent à chaque fois un peu plus loin avec leurs fresques et leurs panneaux commémoratifs. Je croise aussi parfois quelques statues illustrant le quotidien de ces nouveaux arrivants en quête d’une meilleure qualité de vie. Puis, je tombe sur une scène qui m’a beaucoup fait sourire… un chat étant étalé de tout son long sur un banc et coinçait la bulle et à côté de sa tête, un petit rigolo avait déposé une bière vide pour donner l’impression que le félin était ivre.

Quelques pas encore et j’atteins le cœur de La Boca constitué de petits cafés et de boutiques, ce n’est pas bien grand, mais toujours aussi coloré. Mais maintenant, il y avait quelque chose en plus, de gros personnages représentant les immigrés il y a bien longtemps. J’ignore absolument en quoi ils sont faits, en tout cas, ils sont peints des mêmes couleurs du quartier et on ne peut pas les rater tellement ils sont nombreux. Quand je les vois, je pense aussitôt que ce ne sont pas les plus jolies décorations qui existent, puis je réalise que ces personnages sont à l’image du quartier, un peu extravagants et un poil kitschs et finalement, le tout est très cohérent.

Je continue mon chemin et vois de moins en moins d’activité, je suis probablement arrivée à la fin de la zone touristique et je longe le chemin de fer maintenant désaffecté. C’est à ce moment là que je ressens vraiment que les gens vivant ici ont des messages à faire passer et voudraient s’évader, échapper à la misère. Ce ne sont pas des tags que je vois sur l’ancien quai, mais des messages d’espoir, des rêves qui ne demandent qu’à devenir réalité. Maintenant, je vois quelques policiers et sens qu’il est temps de rebrousser chemin.

Lorsque j’arrive au Caminito, je comprends ce qui attire les foules de touristes qui se baladent à mes côtés. Le quartier vit au rythme du tango et ici, on ne paie pas pour voir une représentation, la danse et la musique viennent directement à nous. C’est donc l’occasion rêvée de faire une petite pause et de s’asseoir à un café pour admirer ce spectacle urbain. D’un côté, je vois une scène avec des musiciens et un couple de jeunes en pleine démonstration. Et si je tourne la tête, je peux en voir au moins deux ou trois autres s’entraînant, probablement pour prendre la suite. Ils ont l’air si passionnés et je suis même étonnée de voir que malgré leur pieds bandés parfois, les filles sont toujours sur leurs talons et ne s’arrêtent jamais de danser.

Je me dis alors que chez nous, en France, le tango est plutôt considéré comme une danse pour les anciens et peu la pratiquent ou même en connaissent les pas ! À la Boca, c’est différent, c’est ce qui les fait vivre parce que bien sûr, les touristes viennent, mais finalement, ils ont ça dans la peau et c’est tout.

La Boca est encore aujourd’hui dite pauvre, mais l’atmosphère est toujours aussi festive. Et si le poumon gauche du quartier est le tango, le football est celui de droite. Il paraît que le Club Atletico Boca Juniors est mondialement connu, mon frère n’étant pas du voyage, je restais sceptique. Mais il s’avère que c’est là que Maradona a débuté. Ah oui, en effet, ça doit être connu, et lorsqu’on me parle de la Bombonera, je pense à une grosse boîte de chocolats** et non pas à leur stade, lui aussi très très connu. Oui, le football et moi, ça fait définitivement deux… Cependant, j’avais bien compris que ce sport avait une importance vitale pour les habitants, en voyant des jeunes donner tout ce qu’ils avaient dans le ventre, pour un simple match de football de rue.

Le quartier ne fait pas spécialement partie de mes préférés à cause de la pluie de touristes qui s’en empare chaque minute, chaque seconde. Cependant, je pense que c’est tout de même à voir parce qu’on est bien loin de l’architecture massive et imposante du « Centro » et on comprend bien que le peuple argentin est en réalité constitué de familles d’immigrés arrivées là il n’y a pas si longtemps que ça. Et si on discute avec les chauffeurs de taxis, ils disent tout qu’ils ont des racines italiennes (en majorité), espagnoles ou françaises. Donc finalement, c’est aussi un peu notre histoire à nous, européens !

* La Boca veut littéralement dire « la bouche » en français, d’où le titre de cet article.
** Le mot « bonbón » signifie très paradoxalement « chocolat » en français.

Advertisements

Un petit mot ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s